Plus d’un an s’est écoulé depuis le début de l’application de l’European Accessibility Act, le 28 juin 2025, ce qui laisse assez de recul pour commencer à se demander ce qui s’est réellement passé depuis, plutôt que ce que dit la loi sur le papier. En résumé : le dispositif juridique est en place et les sanctions sont définies, mais les premiers éléments sur la conformité réelle suggèrent un écart important entre l’entrée en vigueur de la loi et le rattrapage effectif des entreprises.
Le calendrier d’application, reformulé simplement
La date centrale d’entrée en application de l’EAA, le 28 juin 2025, s’applique aux nouveaux produits et services. Ce n’est cependant pas une échéance unique et stricte pour tout le monde. Les contrats de service signés avant cette date ont jusqu’au 28 juin 2027 pour se mettre en conformité, et certains produits déjà en service disposent jusqu’au 28 juin 2030, selon la présentation de la conformité EAA de Level Access. Cette structure échelonnée signifie qu’une entreprise peut se trouver aujourd’hui dans une période de transition légalement conforme tout en ayant besoin d’un plan pour une échéance stricte qui arrivera de toute façon.
Des sanctions fixées au niveau national, pas central
Un détail qui surprend beaucoup d’entreprises opérant dans l’UE : l’European Accessibility Act est une directive, pas un règlement, ce qui signifie que chaque État membre la transpose dans son propre droit national et définit son propre mécanisme d’application et sa propre structure de sanctions. C’est pourquoi les amendes ne constituent pas un chiffre unique valable pour toute l’UE. Les sanctions maximales fixées par les États membres vont d’environ 60 000 à près de 900 000 euros, avec en plus de possibles retraits de produits et interdictions de mise sur le marché, selon cette même présentation de Level Access. Une entreprise vendant dans plusieurs pays de l’UE peut, en pratique, faire face à une exposition maximale sensiblement différente selon l’autorité du pays qui engage une action.
À quoi la conformité est réellement mesurée
L’application n’a de sens que s’il existe un seuil technique clair auquel se mesurer, et l’EAA en a un : la norme EN 301 549 v3.2.1, la norme européenne harmonisée en matière d’accessibilité, intègre pleinement les WCAG 2.1 AA. Se conformer à la norme EN 301 549 crée une présomption de conformité à l’EAA, un point d’ancrage réellement utile pour toute entreprise qui cherche à faire correspondre un seul effort d’accessibilité aux exigences légales de plusieurs pays à la fois, plutôt que de traiter chaque marché comme un projet séparé.
Qui applique réellement la loi
Comme l’EAA est transposée dans le droit national plutôt qu’appliquée de façon centralisée depuis Bruxelles, chaque État membre désigne sa propre autorité de surveillance du marché chargée de vérifier la conformité et d’agir sur les plaintes. Cela signifie que l’expérience pratique de l’application, à quel point une autorité est proactive pour auditer des sites plutôt que de simplement répondre aux plaintes, la rapidité avec laquelle une affaire avance, et quelle documentation une entreprise doit fournir pour démontrer un effort de bonne foi, varie d’un pays à l’autre, même si l’obligation juridique sous-jacente est la même directive européenne. Une entreprise opérant sur plusieurs marchés de l’UE fait en réalité face à plusieurs régimes d’application distincts superposés sur une même norme technique commune.
Premiers signes d’un écart entre la loi et la pratique
Le signal le plus clair actuellement disponible sur l’état réel de la conformité, plutôt que sur ce que dit la loi, provient d’un scan de marché de Wawsome sur des sites d’entreprises roumaines : environ neuf sites analysés sur dix échouaient encore aux vérifications d’accessibilité de base un an après le début de l’application de l’EAA, selon un reportage de RomaniaTV sur ce scan. Il s’agit d’un seul pays et d’un seul scan, pas d’un recensement à l’échelle de l’UE, il ne doit donc pas être lu comme un chiffre précis pour chaque État membre. Mais il concorde avec un schéma qui apparaît de façon générale dans les données sur l’accessibilité : les échéances légales tendent à évoluer plus vite que le véritable travail de remédiation, et l’entrée en vigueur d’une loi ne se traduit pas automatiquement par des sites web corrigés selon le même calendrier.
Ce que cela signifie pour les entreprises encore en retard
Si votre entreprise entre dans le champ d’application de l’EAA et n’a pas encore réalisé de vérification de conformité au regard de la norme EN 301 549, les périodes de transition courant jusqu’en 2027 et 2030 offrent du temps pour les contrats et produits existants, pas une raison d’attendre qu’une échéance devienne imminente pour commencer. Étant donné la grande variation des structures d’amendes selon les pays et l’ampleur du travail de remédiation généralement nécessaire une fois les tests réellement lancés, commencer maintenant plutôt qu’à l’approche d’une échéance est la position la plus défendable. Les entreprises qui vendent principalement sur des marchés comme la Roumanie, où les données de Wawsome suggèrent un écart de conformité particulièrement large en ce moment, disposent d’un véritable avantage de précurseur simplement en étant en avance sur la position actuelle de la plupart de leurs concurrents.
Les échéances échelonnées courant jusqu’en 2027 et 2030 méritent aussi d’être traitées comme un outil de planification plutôt que comme une raison de se relâcher. Un contrat signé aujourd’hui pour un nouveau produit ou service relève immédiatement de la date d’application de juin 2025, sans période de grâce, tandis que seuls les contrats et produits existants déjà en service bénéficient des dates ultérieures. Déterminer précisément dans quelle catégorie relève un produit ou un service donné, avant de supposer qu’une échéance plus tardive s’applique, est l’une des erreurs les plus courantes et les plus évitables que commettent les entreprises en lisant les règles de transition de l’EAA.